Cinq ans pour changer
Qui aurait pu croire en mars 1993 que, quatre ans après cette sérieuse défaite, nous serions aujourd’hui de retour au pouvoir, avec un gouvernement représentatif de toute la gauche. Même s’il reste encore beaucoup à faire, on mesure mieux aujourd’hui l’impact de la rénovation de notre discours, de nos structures et de nos pratiques. La démarche de Lionel Jospin qui a imposé le renouvellement de nos candidats, la féminisation, l’engagement de ne promettre que ce que l’on pourra faire, l’alliance sur de nouvelles bases avec les Verts et le Parti communiste, le retour à l’éthique en politique a permis notre victoire. C’est sur ces bases qu’il faut continuer.
Si nous ne devons pas bouder notre plaisir, nous savons en même temps que les difficultés auxquelles nous allons être confrontés sont bien réelles. Je dis bien « nous », car il ne saurait être question que les socialistes restent spectateurs dans la période qui s’engage.
Certains dans notre parti, pour ne pas les nommer les camarades de la gauche socialiste, ont fait le choix du soutien critique sans participation. Certains discours du dernier conseil fédéral, et l’approche du congrès peuvent nous faire craindre que cela vire rapidement à la critique sans soutien ni participation. C’est leur droit, même si nous le regrettons. Nous faisons le choix d’une autre attitude.
Bien loin d’être des socialistes « godillots », nous voulons être, bien sûr, le relais des aspirations citoyennes vers le gouvernement. Mais nous voulons aller plus loin en alimentant la réflexion collective, bien entendu sur l’actualité, mais aussi, en nous projetant sur l’avenir. Nous voulons également nous engager car nous ne souhaitons pas nous retrouver dans cinq ans avec l’impression que nous n’aurions pas fait le maximum pour que la gauche réussisse. Appartenants à la mouvance rénovatrice au sein de notre parti, nous reconnaissants dans les démarches de Lionel Jospin, Michel Rocard ou Martine Aubry, nous ne voulons pas reprendre les vieux réflexes de la gauche grincheuse ou archaïque.
Il faudra du temps pour changer ce pays et replacer l’homme au cœur de la société. Il faudra également des accélérations, tout particulièrement dans le domaine de l’emploi. Il faudra également des réformes en profondeur pour réduire les inégalités mais également pour adapter notre pays à un monde en pleine évolution. Nous avons cinq ans pour cela. Tirant l’expérience de notre gestion des années 80, il nous faut apprendre, et faire comprendre, que les véritables changements sont ceux qui s’inscrivent dans le temps.
Nous avons maintenant tous les éléments pour construire en Essonne comme dans le pays et en Europe, une gauche moderne, fière de ses valeurs mais adaptée à son temps. La réussite de cette aventure collective dépend de l’engagement de chacun. Tous ensemble, nous pouvons réussir.
François Lamy
